Tchad : les dessous d’une autre guerre créditée aux disparus de février 2008!

Hier, la France politique disait tirs de semonce lorsque son armée tuait des Tchadiens. Aujourd’hui, elle dit vérité dans sa tentative de récupération politique des dossiers des disparus d’une guerre dont elle a été un des acteurs très actifs. Regardant les dessous du milieu politique français, vous êtes nombreux à dire que vous êtes choqués par cette capacité qu’a le vice de se travestir, avec une gravité exagérée, en Vertu.

Évidemment, ceux qui regardent derrière les rideaux trouvent le jeu des autorités françaises moralement répugnant. Les vraies causes des querelles que nous observons ces derniers temps n’ont rien à voir avec la réclamation de vérité, venant de la France politique, dans l’affaire des disparus de février 2008. En effet, le chef de l’état Tchadien a compris que les sommes d’argents [part du pétrole] dites énormes pour un pauvre pays comme le Tchad ne sont, comparativement aux sommes gagnées par les exploiteurs de l’or noir, que des miettes d’aliments tombées des tables que même les chiens abandonnent aux vers de terre.

Regrettant les conseils reçus sur le projet pétrole Tchadien, c’est encore mieux s’il admettait quand même sa part de responsabilité dans l’appréciation erronée de nos gains, le président se décide de réclamer la juste part. La « France de derrière » est hostile. Une des raisons est que ce n’est pas le quota de production qui augmentera afin de gonfler proportionnellement la part des Tchadiens et donner satisfaction à ces derniers. Mais, c’est le principe même du partage qui doit changer pour être équitable et juste. Les gros n’aiment pas un tel partage parce qu’ils devront restituer ce qu’ils ont injustement et indignement gagné. D’où la récupération, par les autorités françaises, des dossiers des disparus Tchadiens pour les transformer en arme de dissuasion lancée, comme un genre de tir de semonce, contre le président Idriss Deby Itno. La France tient de nombreuses cartes me direz-vous. C’est vrai mais ce n’est pas compté avec la ruse. La France politique préfère jouer une brème rassembleur, tant à l’intérieur du Tchad qu’à l’extérieur, mêlant finesse et efficacité plutôt que force brutale et complexité.

Voilà les éléments qui ont poussé la nuée des vautours fauves et « furtifs » à tournoyer dans le ciel Tchadien, au dessus de nos têtes. Ça, c’est la dernière des vérités que la France politique, prétendument vertueuse et réclamant la vérité, voudrait que les Tchadiens sachent. Revenons à l’affaire même des Tchadiens disparus et lisons le député socialiste Gaëtan Gorce : « Les déclarations du Président Deby sont particulièrement choquante. D’abord parce qu’elles sonnent comme une fin de non-recevoir à l’égard des autorités françaises […] Choquantes ensuite, parce qu’elles ont été prononcées depuis Paris, au moment même ou, aussi bien le Président de la République que le Parlement français ont demandé que l’enquête en cours soit entourée d’une totale impartialité…. »

Vous comprenez que nous sommes tous choqués mais pas pour les mêmes raisons. Nous, Tchadiens, sommes choqués parce que nos malheurs continuent, les nôtres sont morts ou disparus. Certaines familles n’ont fini de faire leur deuil et la situation est intenable. De plus, nous n’avons pas totalement compris ce qui s’était passé et la justice n’est pas encore rendue pour que nous allions de l’avant [et non stagner ou reculer] en prenant des mesures responsables afin que de tels événements ne se reproduisent plus.

Par contre, les politiciens français, eux, sont choqués parce que le chef de l’état Tchadien ne leur reconnait pas la légitimité de l’interpeller et il le leur signifie sans détour. Les propos du député Gaëtan Gorce que vous venez de lire sont un aveu du constat que nous venons de faire. La France ne voit dans cette triste affaire qu’un moyen précieux de pression qu’elle peut activer lorsque sa part injuste de gâteau est questionnée. L’affaire des disparus de février est regrettablement utilisée comme moyen de chantage afin de dissuader la ténacité du chef de l’état sur certaines revendications ayant une portée nationale. Déplorable !

Mr Nicolas Sarkozy et ses parlementaires tiennent leur constitutionnalité uniquement du peuple français. Ceci étant précisé, de qui les autorités françaises tiennent-elles la légitimité pour interpeller un chef d’état étranger, souvent celui de l’Afrique noire ? Quelle vérité la France cherche tout en feignant d’ignorer l’identité de l’agent français qui avait été présent dans certains cas de disparitions ? [Témoignages de Mr Yorongar Ngarlejy]. Cet agent français ne pourrait-il pas être un point de départ très pertinent dans la recherche de vérité ? A-t-il été rencontré et entendu ? Qu’a-t-il dit ? Pourquoi la France cherche ailleurs ce qu’elle peut bien trouver dans sa propre cour ou dans sa poche ? Pourquoi la France a-t-elle attendu si longtemps pour nous offrir, aujourd’hui seulement, cette mise en scène médiatique peint en actes de réclamation de la Vérité ?

Le danger ! La France pourrait remporter son pari infect, car de nombreux Tchadiens, ayant un jugement altéré sur certains enjeux politiques et stratégiques, se limitant aux scènes officielles sans avoir la moindre curiosité des agissements en arrière plan, applaudissent déjà le folklore médiatique des politiciens français qui sont en fait d’habiles sophistes. Lequel folklore vise à vêtir ses animateurs d’une toge de droiture si peu faite à leurs mesures morales anémiques ! Pourtant, il suffit de se demander à qui profitent les démarches des autorités françaises pour comprendre les vrais enjeux et voir clair. S’il ne s’agit que de la politique étrangère française menée en Afrique, vu le nombre des questions qu’on pourrait poser, le peu de curiosité de nombreux Tchadiens ne s’explique pas. Lesquels ont suggéré l’implantation des dispositifs sournois devant maintenir les peuples de la zone francophone dans la privation de leurs droits et l’ignorance des lois ? Qu’est-ce qui vend en Afrique les carcans de servitudes appelés communément démocratie apaisée, démocratie consensuelle et participative, démocratie de la paix etc. ?

Si vous avez la tentation de m’accuser de jouer aux victimes et de toujours accuser les autres alors allez-y. Cependant, comprenez que je ne nie pas la part de responsabilités des Tchadiens dans leurs malheurs, en ce qui nous concerne. Déjà, le fait de baisser la tête face aux français, d’être incapables de se soulever pour se sortir de l’aliénation et de la prison à ciel ouvert affectueusement appelé pré-carré français, n’est pas pardonnable. Non, ici nous ne jouons aux victimes! Nous sommes sérieux !

Personnellement, j’aimerai beaucoup dire qu’Idriss Deby Itno est méchant et menteur. Que la France est bonne et diseuse uniquement de vérité. Que la justice viendra de la France afin de nous restituer tout ce qui nous a été pris, nous qui avons toujours tissé une relation historique de respect mutuel et de considération réciproque avec la belle France [oubliant Dakar - 26 juillet 2007]. J’aimerai beaucoup faire ces genres de déclarations si j’avais la promesse de ne pas me voir attribuer le brevet de déférence à l’imbécilité. Je vous pris, chers compatriotes, de bien garder ouverts vos yeux car il ya des groupes d’intérêts qui cherchent à les fermer. Restons conscients dans nos entreprises, réfléchissons calmement et objectivement. Ça ne nous coute rien hormis mieux nous servir nous-mêmes. Certaines colères, excitations et naïvetés, dans le contexte actuel sont les manifestations de l’immaturité en nous et elles doivent êtres contenues afin de rester lucides dans cet enchevêtrement orchestré qui cachent des surprises perceptibles.

Attention au folklore de la France politique qui menace les intérêts du peuple Tchadien ! Nous sommes au début d’une tout autre guerre. Il est important de ne pas la confondre avec la réclamation de justice et de vérité dans l’affaire des disparus de la guerre de février de 2008 au Tchad. Une revendication que j’appuie TOTALEMENT et qui ne peut se faire en dehors des Tchadiens parce qu’elle est faite, avant tout, pour les Tchadiens.

Joe Al Kongarena,
librafrique.com
joe.alerte@gmail.com