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Mounira Mitchala, Prix découvertes RFI 2007 : “Le Tchad regorge d’immenses richesses culturelles”
De son vrai nom Mounira Khalil Alio, Mounira Mitchala, auteur-compositeur-interprète, cette artiste tchadienne de 28 ans est une étoile montante de la musique africaine. Le Prix Découvertes RFI (Radio France Internationale) 2007, s’est entretenue avec Tchad et Culture.
Comment êtes-vous devenue musicienne ?
En 1986, j’ai commencé d’abord à faire du théâtre. Pendant mes prestations scéniques, j’interprétais les chansons de certaines musiciennes. Ce talent d’interprète et mon timbre vocal m’ont amenée à représenter mon établissement scolaire, Tilam tilam, dans des compétitions inter établissements de N’Djaména.
A quand remonte votre carrière d’artiste musicienne ?
Ma carrière professionnelle a véritablement commencé en 2000 quand le directeur du Centre Culturel Français (CCF) m’a associée au groupe H’Sao pour écrire et composer une chanson intitulée "You and me" (Toi et moi) que j’ai chantée. C’était le 21 juin 2000 à l’occasion de la fête de la musique. Cette journée reste gravée en moi parce que ma mère était présente dans la salle, parmi les spectateurs, pour me soutenir, me sachant très timide et calme. Me produire devant des centaines de personnes, supporter leurs regards, gérer la scène n’était pas chose facile. Mais la présence de ma mère dans la salle était un bouclier pour moi. Le lendemain, les journaux de la place ont écrit des articles sur mes prestations. Cet engouement m’a permis de jauger l’opinion des médias et du public, de corriger certaines imperfections avant de me lancer définitivement sur cette voie.
En 2004, j’ai croisé le chemin du chanteur sénégalais, Ismaël Lô. Nous avons joué ensemble au Palais du 15 janvier à l’occasion du lancement officiel de la ligne téléphonique Celtel au Tchad. J’ai par la suite rencontré le reggaeman ivoirien, Tiken Jah Fakoly. Ironie du sort, tous deux avaient gagné le Prix Découvertes RFI. Mais moi je ne savais même pas qu’un jour je serais lauréate de ce prix.
A quelles difficultés étiez-vous confrontée lorsque vous avez démarré votre carrière ?
Je suis arrivée à ce niveau grâce à ma mère. Elle a bravé les interdits pour me soutenir, surtout que je suis d’une famille musulmane où l’on pense que chanter est synonyme de prostitution et d’une vie de débauche. Mais ma mère bien que musulmane pratiquante ne perçoit pas les choses de la même manière. Bien au contraire c’est elle qui achète mes robes de scène, mes produits cosmétiques, mes chaussures, me maquille et me fait coiffer pour mes spectacles. Et jusqu’aujourd’hui, même hors du Tchad, avant de monter sur scène, elle m’appelle pour m’encourager. C’est extraordinaire.
Quel est votre genre musical ?
J’ai créé mon propre style en m’inspirant des rythmes tchadiens, notamment le Saï du sud du Tchad et le folklore du Guéra (centre du pays) teintés du slow que j’écoute beaucoup. Le Tchad regorge de richesses culturelles extraordinaires et immenses mais qui ne sont malheureusement pas connues au-delà de nos frontières.
Quels sont les thèmes qui reviennent le plus souvent dans vos chansons ?
J’évoque l’amour, le mariage forcé, l’avancée du désert, la réconciliation entre les Tchadiens, l’unité, la paix, la discrimination faite à l’égard des malades du Sida, de la guerre, de l’excision.
Vous avez un album sur le marché discographique. Quel est son titre ?
Il comporte 12 titres dont l’éponyme venant de ma mère qui m’a proposé un jour de composer une chanson pour unifier et réconcilier tous les fils du Tchad. C’est cette chanson qui m’a permis de gagner le Prix Découvertes RFI.
Quelle est votre maison d’édition ?
C’est Marabi Production à Angoulême (France) représentée par Christian Mousset.
Qu’est-ce qui explique l’indisponibilité de votre album sur le marché ?
Elle est voulue par la maison qui m’a produite. Elle est également liée au problème d’édition, des droits d’auteurs et de distribution. Cette maison est dirigée par des professionnels aguerris dans le showbiz. Ils ne veulent pas perdre de l’argent et leurs droits d’auteur sur la vente de mes disques. Comme rien n’est encore clair et concis avec le BUTDRA (Bureau Tchadien des Droits d’Auteurs), elle refuse de distribuer mes disques à cause du piratage. C’est indépendant de ma volonté. Cependant, je suis en train de négocier avec elle pour introduire les disques au Tchad, les dupliquer et les distribuer.
Combien coûtera un disque ?
Le disque coûtera entre 12 500 et 13 000 Fcfa. C’est cher mais je verrai comment réduire ce coût pour rendre le produit accessible à tous.
En dépit des entraves, vous continuez vos tournées internationales. Comment se déroulent-elles ? Qui les sponsorisent ?
Après le Prix Découvertes RFI, j’ai gagné le prix Visa pour la création. J’ai aussi obtenu la Carte Blanche SACEM (Société d’Auteurs Compositeurs Editeurs de Musique) pour le développement de ma carrière. Tout l’argent que j’ai encaissé est partagé entre la maison qui m’a produite et mon agence de tournée pour la promotion de ma carrière. C’est avec cette bourse qu’on me paye les billets d’avion pour voyager et loue des salles de production lors de mes tournées un peu partout en Occident.
Vous avez été sacrée lauréate du Prix Découvertes RFI en 2007. Qu’est-ce que ce prix représente pour vous sur le plan personnel et national ?
Ce prix représente une victoire pour moi. C’est l’aboutissement des efforts consentis. Je suis l’ainée de la famille et connaître un échec se répercutera sur toute la famille. Raison pour laquelle j’ai été intransigeante et exigeante avec moi-même afin de donner le bon exemple. La preuve, j’ai achevé mon cursus à l’Enam (Ecole Nationale d’Administration et de Magistrature) comme greffière en chef et musicalement parlant, je peux dire que je suis sur une bonne voie. Sur le plan national, mon sacre a permis au monde entier de prendre conscience de l’importance de la richesse culturelle de notre terroir.
Que devient Mounira Mitchala après ce sacre ?
J’ai entrepris beaucoup de tournées en France, en Europe. En novembre dernier, j’étais au Brésil. En dehors de cela, j’ai reçu une formation en technique vocale dont j’ai tant rêvé. Elle m’a permis de progresser et de corriger mes lacunes. Grâce à ma maison de production, j’ai reçu un financement de Ségolène Royale (candidate malheureuse à la présidentielle française de 2007). J’ai reçu le soutien financier du représentant du service culturel de l’Ambassade de France au Tchad avec l’appui du Directeur du CCF. J’ai reçu une bourse de la SACEM pour une formation des formateurs en chants. Ce qui m’a permis de découvrir que l’instrument du chanteur, c’est son corps.
Comment alliez-vous la musique et votre profession de greffier ?
Quand je vais pour mes spectacles et tournées à l’extérieur, je demande une autorisation d’absence à mon ministère de tutelle. De retour au Tchad, je reprends normalement mon travail. Jusque là tout se passe encore bien.
Que faites-vous concrètement pour promouvoir la culture tchadienne ?
Je m’attèle actuellement à mettre sur pied une association pour la promotion de notre culture. Cette association nous servira de tremplin pour avoir des aides financières pour relever les différents défis qui nous attendent. Ce challenge est loin d’être gagné parce qu’entre artistes musiciens, il n’y a pas d’entente, de collaboration et d’entraide.
On raconte en coulisse que vous n’êtes entourée que des musiciens expatriés …
Quand un artiste tchadien t’accompagne par exemple en Europe, il faut entièrement le prendre en charge (son hôtel, ses déplacements, son assurance, etc.). La maison qui me produit n’a pas assez d’argent pour engager toutes ces dépenses. Cependant j’ai insisté pour faire venir mon batteur qui est Thierry et Doumpa Jean François, le guitariste pour une tournée en France.
Lorsque Ségolène Royale m’a invitée pour la fête de la musique à Poitiers (France), j’ai voulu faire venir ces mêmes musiciens mais c’était impossible. On m’a donc proposé des musiciens africains vivant en France pour m’accompagner.
Mounira Mictala vit-elle bien de son art ?
(Rire et hésitante) En tout cas, je vis beaucoup mieux qu’avant !
Avez-vous une idole ?
Khadidja Hamit, ma mère.
Quels sont vos projets ? Dans quels domaines ?
Je prépare mon deuxième album avec ses clips. Je voudrais aussi découvrir davantage le Tchad culturellement. Et comme toute jeune femme de mon âge je me marierai pour fonder un foyer, s’il plaît à Dieu.
Votre dernier mot
Je remercie tous ceux qui ont cru en moi et m’ont soutenue depuis mes premiers pas dans la musique en 1993 jusqu’aujourd’hui. Parmi eux, deux femmes : ma mère Khadidja Hamit et Michelle Lopiteau, une française.
Interview réalisée par Dingamnaïel kaldé Lwanga
source: TchadOnline