L'Acculturation en marche: Depicmentation et Mimetisme.

L’idéologie dominante sécrète non seulement la pensée dominante ou « pensée unique » mais également elle impose sa hiérarchie des valeurs, uniformise les comportements, les mentalités, les sentiments, les goûts, les gestuels, la façon de marcher, de rire, d’opiner et tout à l’avenant. Jamais dans l’histoire de l’humanité, une civilisation, celle de l’Occident actuel, remorquée par la locomotive USA, n’a autant dominé les autres formations socio-économiques historiques y compris les plus vieilles et les plus remarquables, notamment l’Inde, la Chine qui, au demeurant, s’efforcent tant bien que mal de résister à cette invasion folle-furieuse. L’Egypte, quant à elle, a tout bonnement capitulé, s’est placée non seulement sous mandat américain mais s’est mise à avaler à pleins poumons tout ce qui vient de l’Occident. C’est cette conduite défaitiste des régimes Sadate et Moubarak, avec l’oppression politique, l’injustice sociale, le concubinage avec Israël qui expliquent la montée en puissance des Islamistes devenus de plus en plus populaires.

Dans cette perspective, l’Afrique subsaharienne, de par son passé historique qui l’a ravagée, fragilisée et effilochée, en raison aussi de la vassalité économique et financière, technique et technologique, culturelle et politique qu’elle subit, se retrouve le Continent le plus affecté par le phénomène de l’acculturation ; ce virus métastatique, multidimensionnel et multiforme qui ronge et déprave son corps, son esprit et son tissu social.

L’un des symptômes, parmi les plus visibles et les plus écœurants, est la pratique quasi-généralisée de la dépigmentation de la peau que Frantz FANON, en son temps, a disséquée et vitupérée de sa plus belle et percutante plume. Le blanchissement de la peau, précisément de la part des Négresses, est devenu scandaleusement envahissant et dévastateur. Même celles qui sont suffisamment « claires » se sentent obligées de recourir aux produits blanchissants pour paraître aussi (ou plus) blanches que les plus blanches des blanches ; pour apparaître, pensent-elles, encore plus « belles » ! Certaines de nos sœurs, pour se distinguer « top mode » s’offrent le ridicule d’orner leur chef de perruques blondes, voire multicolores.

Il est des mélanges (crèmes, parfums, huiles, racines, écorces, etc…) qui dégagent une puanteur à faire vomir le diable himself, rendant celles qui en utilisent infectes et repoussantes, mais sans jamais qu’elles consentent à renoncer à ces usages dégradants. Des médecins consciencieux ont beau donné l’alerte et attirer l’attention des adeptes du blanchissement sur la nocivité de cette pratique, mais leurs avertissements restent sans effet. Au contraire, la chose se développe de plus en plus et touche aujourd’hui de toutes petites gamines du primaire.

Certes, chez les hommes, l’utilisation de ces produits demeure encore marginale. Il est surtout le fait d’artistes complexés et maniérés, de jeunes et d’adultes de grandes villes en perte de repères, quelques oiseaux constipés de la classe moyenne et de la haute société. Cependant, là encore, la maladie tend à progresser. Eh, que dire de ces hommes et femmes qui se torturent la langue, les bras et jambes pour parler, gesticuler et marcher à la manière du Français (e), de l’Anglais (e) ou de l’Américain (e).

Que dire aussi de cette large frange d’intellectuels ou prétendus tels pour qui le mimétisme, la pratique et la diffusion de tout ce qui vient de l’Occident représente leur gagne-pain et leur raison d’être. Ils multiplient discours et écrits, mêlant subtilité, douceur et agressivité, le tout pour bien et mieux vendre le modèle occidental. Ils sont d’ailleurs bien récompensés en retour : promotion à des postes juteux au sein de toutes sortes de structures privées ou publiques, pour eux une publicité médiatique gratuite aux fins de « vedettisation », prix Nobel et autres médailles. Ils sont bien, très bien même, dans leurs habits de nouveaux tirailleurs. Par contre, les intellectuels patriotes, fidèles au présent, à l’avenir et au développement de leur Continent sont sévèrement combattus, ostracisés, leurs travaux ignorés, voire discrédités. Rappelons-nous et n’oublions jamais les misères faites au Grand Savant, à la fierté africaine, feu Cheikh Anta DIOP. Cette immense sommité scientifique et panafricaniste authentique a dû faire face, toute sa vie durant, aux tracasseries des néocolonialistes français et de leurs complices locaux.

Bien entendu, l’Occident qui trouve tout son compte dans ce processus de dégénérescence africaine favorise et encourage le développent du phénomène par la mise sur le marché des produits toujours renouvelés, toujours plus sophistiqués, portés par une publicité entrainante et par le rôle puissant assigné à ses médias. Au moment où même un pays comme la France a décrété « l’exception culturelle », l’Afrique est-elle en droit de boire et manger jusque l’indigestion, voire l’asphyxie, tous ces sous-produits (matériels et immatériels) qui concourent à sa dépersonnalisation, voire à son anéantissement psychologique et d’une certaine manière physique !

La question : Face au danger qui le menace dans tout son être, que pourrait être le destin d’un peuple substantiellement atteint d’acculturation progressivement envahissante, de perturbation mentale et de dérangement psychologique et qui néglige de se doter, sérieusement, de tout moyen de défense réel et efficace ? La réponse coule de source, même si, dans la pratique, sa mise en œuvre se heurtera à de nombreux et difficilement surmontables obstacles : il s’agit de la prise de conscience populaire et, partant, l’engagement dans un combat de rupture du statu quo, une rupture pacifique ou violente, pour un changement qualitatif véritable devant se concrétiser par la prise en main du destin de l’Africain par l’Africain. Vaste programme ! Mais, l’Asie qui gagne régulièrement en autonomie, en respectabilité et en dignité nous montre de bons exemples à méditer. De l’Ouest, les Asiatiques prennent ce qui leur est bon et utile (techniques, technologies, systèmes de production innovants, méthodes etc…), et interdisent ou limitent au maximum la pénétration chez eux de ces impuretés, de ces toxines, de ces fausses et/ou contre valeurs qui, par contre, bénéficient de la liberté d’envahir littéralement et en toute quiétude les villes et les campagnes africaines.

Le défi est là, il y a urgence. Si on reste les bras croisés, le naufrage, synonyme d’une domination encore et toujours plus désastreuse sera le destin du Nègre ! Il est temps de se remettre en cause, et de remettre en cause.

Par Mahamat Ali Tahir
Ndjaména - Tchad

Source:ZoomTchad