CHAMBARDEMENT DANS LES PAYS ARABES ET … EN AFRIQUE NOIRE ?
Que se passe t-il chez nos voisins du nord ? Il se passe quelque chose. Le décès du jeune Tunisien Mohamed Bouazizi n’est que la flamme incendiaire jetée dans une poudrière. Le chambardement que connaissent les pays arables puise ses racines plus loin.
Tout aurait commencé à la fin des années 70. En effet, en 1978 (année des trois (3) Papes), le Pape Paul VI décède le 6 Août et est remplacé par le Pape Jean-Paul I le 28 Août. Trente trois (33) jours plus tard, Jean-Paul I décède à son tour et c’est Jean-Paul II qui devient Pape le 16 Octobre, un Polonais, donc venant de l’Europe de l’Est c’est-à-dire du bloc communiste. Le second événement est l’avènement du Ayatollah Sayyed Ruhollah Musavi KHOMEINI qui renverse le Shah d’Iran Mohammad Reza PAHLAVI le 11 février 1979. On assiste alors à une montée fulgurante de l’islamisme. La lutte âpre opposant les deux blocs Est-Ouest a atteint son paroxysme. Le Bloc de l’Ouest pour sa part se servira, entre autres, subrepticement de Jean-Paul II et de Khomeini pour briser le bloc de l’Est réfractaire à toute forme de confession. Depuis, le monde est devenu unidirectionnel sous la coupe des Etats Unis d’Amérique.
Mais cela ne peut tout expliquer. Cependant, c’est le début du commencement car partout surgissent les tentacules des Etats Unis d’Amérique qui veulent à tout prix « libéraliser et/ou démocratiser » le monde entier. Une timide tentative a été faite par la France à l’époque de FRANCOIS MITTERRAND avec son discours de la Baule et HISSEINE HABRE en a fait les frais par son entêtement. Mais cela n’est pas allé loin car les dirigeants africains ont pu contourner l’obstacle, soit en modifiant leur constitution pour se maintenir au pouvoir, soit en usant de leurs avoirs extérieurs pour reconquérir le pouvoir pour ceux qui l’ont perdu. Avec JACQUES CHIRAC, le « compteur de la démocratie » a été remis à zéro dans des pays africains, Chirac déclarant de la manière malhabile que « la démocratie est un luxe pour l’Afrique ». C’est l’ère de la relève des présidents par leurs progénitures. NICOLAS SARKOZY enfoncera davantage le clou. En dépit de ce contexte, « la rage de vaincre la rage » est demeurée latente dans les pays arabes.
Pour bon nombre de cas en Afrique, la gestion de la chose publique est de facto à la discrétion d’un petit nombre qui dispose de tous les droits et les autres, de tous les devoirs. Le clanisme, le sectarisme, le népotisme sont ancrés dans les rouages des administrations. L’armée est clanique. A cela se sont greffés le clientélisme, la barbarie, la corruption et le tout, couronné par une misère indescriptible des populations alors que le continent est incommensurablement riche. Si certaines régions africaines ont renouvelé leurs classes politiques, l’Afrique Centrale est une exception et demeure la proie d’hommes dits « forts » dont le pouvoir perdure depuis deux à quatre décennies. Mais que peut-on inventer après une décennie, si ce n’est de la tautologie ? On sera allergique et réfractaire à toute évolution et toute suggestion provoquera des irritations épidermiques parce que grisé par un pouvoir devenu autocratique.
Mais la mentalité arabe est à quelques encablures, distante de celle des Noirs. Les premiers sont capables de réagir quels qu’en soient la rigidité du régime, contrairement aux Négros. « Quand la prudence est partout, le courage est nulle part ». La force et la témérité irrigueraient-elles désormais les veines des peuples africains en quête de leaders ?
L’instabilité politique chronique du Moyen-Orient a amené les Etats Unis d’Amérique en 2000, à redéfinir leur politique énergétique. Dorénavant, 25% de leur consommation énergétique proviendra de l’Afrique. Les USA consomment 23% de la production mondiale soit 20 millions de barils par jour, équivalant à la consommation de la Chine et de l’Inde réunies. Lors de sa visite à Accra au Ghana, le Président américain BARACK OBAMA déclarait que « l’Afrique a besoin des institutions fortes plutôt que des hommes forts ». Les événements actuels constitueraient-ils des prémices à la mise en veilleuse des relations entre les Etats Unis et les pays arabes ?
Les USA ont partagé le monde en zones d’influence et avaient rattaché l’Afrique à leur zone européenne appelée EUROCOM avec un commandement à Stuttgart en Allemagne. Ils viennent de doter l’Afrique d’un commandement à part entière appelé « AFRICOM » basé à Casablanca (Maroc) avec une base militaire à Sao Tomé (Afrique Centrale) pour contrôler le Golfe de Guinée et partant, toute l’Afrique Centrale dont le sous-sol regorge d’immenses réserves d’hydrocarbures.
Tout compte fait, il est fort probable que le chambardement des pays arabes traverse le Sahara et atteigne l’Afrique Noire, en commençant par l’Afrique Centrale au sous-sol florissant en hydrocarbures et en minerais. Cependant, elle est quasiment la région la plus misérable du monde et à partir de laquelle sont enregistrées les plus grandes fuites des capitaux vers les systèmes financiers occidentaux. Il est vrai qu’un Président américain, fut-il un Noir, est d’abord un américain. Mais, ce qui se passe en Afrique Noire frise l’inimaginable. Obama enfourchera-t-il pour un temps son cheval noir-africain pour faire souffler le vent de la dignité et de la démocratie ? Cela n’est possible que si les Noirs Africains se décident de prendre des initiatives osées ! Il n’est pas interdit de penser qu’à moyen terme, les USA feront main-basse sur l’Afrique Centrale.
Lors de son allocution au « Forum du président avec les jeunes leaders Africains » le 3 août 2010 à Washington D.C, Mme Hillary Rodham Clinton, Secrétaire d’État américaine a déclaré : « Un nombre croissant d’Africains pensent avoir désormais le pouvoir et le devoir de façonner leur propre vie, d’aider leur communauté, de demander des comptes au gouvernement… Le président et moi-même croyons fermement en la promesse de l’Afrique et nous pouvons offrir notre contribution de loin ainsi que nos encouragements, mais, en fin de compte, c’est à vous, à vous et à vos communautés qu’il appartient de faire ce qu’il faut pour que les progrès continuent et s’amplifient. »
Le gel des avoirs de certains Chefs d’Etat africains par l’Occident est une mesure coercitive et de rétorsion tendant à freiner les flux financiers (pétroliers entre autres) astronomiques et vertigineux des pays pauvres d’Afrique vers les pays riches. Déjà en 1988, le Président MITTERRAND avait déclaré « qu’il n’est pas excessif d’écrire que les pauvres financent les riches, tous comptes faits, on a constaté déjà qu’en 1987 que les transferts financiers du sud au nord ont dépassé de 30 milliards de dollars US les transferts inverses. Cruelle vérité, ce sont les pauvres qui nous aident ». Il a été démontré que le continent africain a reçu ces dernières années environ 25 milliards de dollars d’aide par an. Une somme à comparer avec les 100 à 200 milliards de dollars qui quittent chaque année illégalement le continent pour finir sur les comptes en banque en Occident. Le gel des avoirs permettra de stabiliser temporairement cette fuite des capitaux, mais il sera contourné puisque les élites africaines pourraient d’investir dans des domaines peu transparents. Ce qu’ignore ces détrousseurs, c’est que « la fortune est semblable à un verre ; plus elle est brillante, plus elle est fragile ».
Jusqu’ici ALQAIDA sert d’épouvantail pour beaucoup de pays arabes déstabilisés. L’effacement de OSSAMA BEN LADEN de la scène internationale détournera t-il désormais les alibis ? La Tunisie, l’Egypte, la Libye, la Syrie, le Yémen sont dans la tourmente. Les cas de la Tunisie et de l’Egypte sont spectaculaires puisque la population s’est levée comme un seul homme et a mis hors d’état de nuire ses dictateurs. Dorénavant, dans ces deux pays, les régimes se conformeront à la loi de la démocratie. Quant à l’exemple libyen, son inconsistance porte sur la tutelle extérieure pour le renversement du régime de Khadafi et le retrait de l’OTAN engendrerait des crépitements en Libye. Il est vrai que la politique extérieure de la Libye est honnie et le Tchad en a fait les frais, depuis l’occupation de la Bande d’Aouzzou jusqu’aux différentes guerres et rébellions encouragées par Khadafi. Les préjudices tant matériel, financier qu’humain infligés au Tchad par la Libye et le Soudan ne peuvent être énumérés mais ces pays ignorent, malheureusement, que la guerre est une étape par laquelle passeront bon nombre de pays. Le Soudan vient d’être coupé en deux, peut-être bientôt en trois avec l’ébullition au Darfour, la Jamahiriya connaît pour la première fois la guerre. Comme quoi, à chacun son tour chez le coiffeur. En dépit de ces discordes, il n’y a pas lieu de se réjouir de la mort de Khadafi, le temps ayant quelque peu cicatrisé les douleurs et les querelles. Le Conseil National de Transition (CNT) de la nouvelle Libye, peu au faîte des arcades de la politique, a démarré par des vendettas : un Khadafi battu, criant, puis un corps inerte exposé et où viennent se rincer les yeux, ses ennemis ; des Noirs menottés et emportés vers des destinations funestes ; un discours peu rassurant... Khadafi n’est pas sans reproches, car tout peuple aspire à la liberté. Cependant, l’après Khadafi est un immense défi au CNT dont l’épreuve institutionnelle. La démocratie ne se décrète pas au journal officiel même si l’alternance devient une nécessité. « La résolution 1973 » des Nations Unies a occasionné l’OTAN à foncer comme un aigle royal sur sa proie, avec ses 26.000 sorties aéroportées dont 10.000 à but offensif. Quel est exactement l’objectif, si ce n’est de réduire en ruine la Libye et reconquérir ses immenses richesses qui ont échappé à l’Occident ? L’empressement avec lequel des hommes d’affaires français se sont rendus en Libye au moment où Khadafi soupirait encore en est la preuve, même si le CNT a tempéré leur ardeur.
« Ange matin et démon le soir » comme le qualifie « La Voix », Khadafi est lunatique, versatile, mégalomane, terroriste, nationaliste, téméraire, extravagant, bienfaiteur, généreux, pragmatique et sans état d’âme, bref, imprévisible. Les soutiens aux mouvements nationalistes luttant pour la décolonisation, à l’instar de l’ANC en Afrique du Sud, les investissements colossaux dans les pays africains et particulièrement sahéliens, resteront indélébiles. En dépit de la persécution des opposants à son régime et la loi de silence implacable qui règne en Libye, en termes d’investissements économiques tant à l’intérieur de la Libye qu’à l’extérieur, les actes posés crèvent les yeux et ne peuvent être comparés à ceux d’aucun autre pays, avec des acquis sociaux confortables : le PIB par habitant en Libye est de 12.063 $ US, l’espérance de vie à la naissance : 73,4 ans, l’Indice de Développement Humain (IDH) la classe 53ème/169 pays étudiés, l’eau et l’électricité à usage domestique sont gratuites ; le prix d’un litre d’essence est à 52,5 F CFA ; le gaz est à vil prix, les banques libyennes accordent des prêts sans intérêts ; les citoyens n’ont pas d’impôts à payer, et la TVA n’existe pas ; la Libye est le pays le moins endettés au monde, sa dette publique étant de 3,3% du PIB, alors qu’en France, elle est de 84,5%, aux USA, 88,9% et au Japon de 225,8% ; l’achat d’une voiture est au prix de l’usine.
Khadafi a financé le premier satellite africain. L’embargo de 1992 à 1999 n’a pu mettre à genoux la Libye. Ces quelques exemples déroutants déconcertent l’Occident. Comme quoi « Le prince qui veut faire entièrement profession d’homme de bien ne peut éviter sa perte parmi tant d’autres qui ne sont pas bons » (N. Machiavel « Le Prince »). Les Libyens le regretteront. La communauté internationale a eu un droit d’ingérence qui la rend comptable dans l’après Khadafi.
La prolifération d’armes de guerre dans le Sahel, le désordre et le chaos en Libye, le retrait massif des Noirs ne sont pas sans inquiéter les gouvernements des pays subsahariens. La position inconfortable du Tchad vis-à-vis du CNT lui portera-t-il préjudice ? Les opposants soudanais et tchadiens ont trouvé là, sans nul doute, une occasion de se réarmer à outrance. La bulle implosera ou explosera-t-elle ? A qui le prochain tour ? Des questions à faire dormir, avec un œil ouvert, les gouvernements qui, au lieu d’être des solutions aux problèmes des populations, sont des problèmes aux solutions des populations. La politique c’est la charité de servir le grand nombre. « Le véritable homme d’Etat est celui qui s’institue arbitre impartial entre ses ambitions et l’intérêt général ». En Afrique en général, plus ça change, plus c’est la même chose mais en Afrique Centrale, plus ça change, plus c’est dégradé. Rien n’est permanent au monde, seul le changement est permanent. Avec la mal-gouvernance et le mal-développement, pour beaucoup d’Africains subsistent l’envie de changer et la peur du changement. Retenons cependant qu’on ne peut convertir une monnaie sans dépréciation. Par conséquent il faut lutter et « un jour suffit pour monter ou descendre toutes les fortunes humaines » (Sophocle).

CAMAN BEDAOU OUMAR
N’djaména
Source: TchadForum.