Lettre a' Mr. le ministre de l'éducation nationale (III)
(28/06/06)Cher ministre, En tant qu'étudiant, qui avait accumulé une ou deux ans de retard au Tchad (malgré que j'ai eu la chance d'étudier au Lycée National Franco-arabe d'Abéché, un de meilleurs lycée de notre pays) et qui a assez lutté contre vent et marrée en passant un temps sacré dans un pays immense et froid pour se rattraper, je me permets de vous souligner des problèmes urgents dans le domaine de l'éducation, du moins a' mon humble avis. Comme tout homme instruit peut le constater, et comme le révèle trop éloquemment la baisse de niveaux de la plupart des étudiants tchadiens a' l'intérieur du pays comme au diaspora, notre système d'éducation est extrêmement faible. Il faut coûte que coûte un changement de système. L'accumulation des années de retard est assez fréquente chez plusieurs étudiants tchadiens et de telle accumulation donne trop des "Casse-tête" aux professeurs.
Cher ministre, pour faciliter la tache aux profs, il serait préférable que vos "Experts" en éducation clarifient le charabia pédagogique que sont le programme et les échelles de compétence. Essayez de mettre un "A", un "B" ou un "C" a' un élève a' la suite de la lecture de ces textes qui sont supposés indiquer aux profs ou' en est rendu l'élève. De telles mesures pourraient aider les profs de bien comprendre le niveau de l'élève et l'aider a' s'en sortir de ses grandes lacunes. Essayez aussi de diminuer les nombres d'élèves par classe. Je me rappelle très bien, nous étions plus de 80 élèves lorsque j'étais en classe de première et terminale. Moi qui aimais discuter avec les profs et poser beaucoup des questions, je n'ai pas eu la chance de poser plus de 20 questions (durant toute l’année scolaire) parce que nous étions trop nombreux dans une seule classe. Je connaissais des camarades qui n'ont posé aucune question durant toute l'année scolaire. Personne ne peut apprendre dans une telle situation.
Cher ministre, l'Éducation fait partie des bases de développement d'un pays. Si nous voulons vraiment aider le Tchad a' franchir cette barrière de pauvreté et retard, il nous faudra investir beaucoup sur ce domaine. Actuellement l'Éducation au Tchad est a' genoux. Il faut un travail acharné voire une sacrifice pour qu'elle soit debout. Je connais beaucoup des étudiants tchadiens qui ont peut-être accumulé jusqu'a' 5 ans de retard. Il compose presque la moitié des étudiants de pays de toumaii. Comment peut-on expliquer si un universitaire n'est pas capable de rédiger une bonne lettre? Pour nos lycéens, n'en parlons plus. Une amie qui est en classe de première présentement m'a écrit une lettre l'année dernière. Les fautes d'orthographes et grammaticales sont innombrables dans cette petite lettre de 10 lignes. C'est urgent de trouver une solution pour cette faiblesse lamentable.
Cher ministre, il y'a quelques profs de bonne foi au pays de toumaii qui veulent bien individualiser et adapter dans une certaine mesure, mais il faudrait quand même qu'ils soient capables d'enseigner le programme de leur classe (3eme, 2nd, 1ere ou terminale) puisque c'est ce que le ministère de l'éducation demande a' chaque prof dans leur contrat de travail et dans la loi (Si la loi est bien respectée au Tchad). Voyons donc, on ne peut pas enseigner les programmes de 6eme et 5eme en classe de 3eme et 2nd ou simplement au second cycle. Alors que l'on trouve des moyens d'aider ces jeunes élèves pour qu'ils puissent suivre ou ne pas accumuler de retard et d'éviter d'avoir des problèmes sérieux aux études supérieures. Je profite l'occasion pour conseiller nos jeunes compatriotes qui ont quitté le Tchad avec de retard de prendre le temps nécessaire pour se rattraper avant de se lancer dans les études universitaire. Ils doivent comprendre le vide laissé et faire des cours de rattrapage. Il ne sert a' rien de s'inscrire dans une grande école sans être en mesure de tenir son domaine et passer 7ans pour une étude de 3 ans.
Cher ministre, il faudrait faire doubler tous les élèves incompétents, car l'accumulation d'années de retard et de problème d'apprentissage est quelque chose de ne pas bénéfique pour les jeunes élèves. Il y'aurait aussi d'autres problèmes urgents. Je connais quelques amis profs qui se lamentent de notre système d'éducation. Un de mes amis se complaignent en ce terme: "Passer sa journée a' éteindre de petits feux, a' socialiser dans le jargon de l'Éducation du Tchad, est très épuisant et démotivant". Si vous n'êtes pas convaincu que le système scolaire est sur le bord du gouffre, je vous invite a' consulter les statistiques sur le nombre d'élèves qui n'arrivent pas a' avoir leur diplômes dans un temps raisonnable. Vous pouvez aussi examiner le nombre d'enseignants (maîtres ou profs) qui réorientent leur carrière. Combien ont jeté leurs craies et plumes pour joindre l'équipe d'ESSO durant l'exploitation du pétrole en octobre 2003 jusqu'a' notre jour? La faiblesse de la plupart des étudiants au Tchad que ce soit en Français ou en Arabe est a' pleurer. On doit s'alarmer de ça, la qualité de ces 2 langues officielles s’effiloche, elles sont en régression partout. On doit trouver des solutions. J'ai déjà’ écrit une telle lettre a' l'ex-ministre de l'éducation, le Dr.Avocksouna Djona mais je suis resté a' ma faim. Veuillez considérer, cher ministre, ce que j’évoque ici.
Cher ministre, il y'a les autres fonctionnaires, sans oublier les quelques vautours et charognards de la fonction public (en un mot, les voleurs) qui se payent des luxes, des grands restaurants mais la vie quotidienne de ceux qui enseignent et éduquent nos enfants et petits frères est toujours misérable. A quoi ça sert d'être ministre si on ne se soucie pas d'aider les autres? L'école tchadienne vit dans une bulle ouatée, en comparaison avec les autres écoles africaines ou occidentales. Durant l'année les étudiants tchadiens ont trop des congés imprévus. Est-ce la bonne façon de préparer la relève au monde extérieur, ou règnent les lois du travail et de l'effort? Comptant que vous agirez, Mr. le Ministre de l'éducation, au plus tôt possible a' cette crise qui affecte nos maîtres, maîtresses et professeurs depuis toujours, je vous prie d'agréer mes souhaits distingués.
Fraternellement,Mahadjir.Fils
Amerique du Nord.