Lettre a' Mr. le ministre de l'éducation nationale (IV)

(26/08/08)Veuillez prendre un laps de votre temps pour lire cette petite lettre. Au Tchad, pays ancêtre de l'humanité, le Français et l'Arabe sont officiels. Toutes ces 2 langues viennent d'ailleurs (l'une de l'Occident et l'autre de l'Orient). En toute franchise c'est le Français qui domine dans les affaires administratives. Paradoxalement dans la vie quotidienne c'est l'Arabe tchadienne qui est le plus utilisé. En fin des comptes bcp des tchadiens ne se retrouvent pas. A l'exception de peut-être 5% de la population, on ne maîtrise pas le Français ni l'Arabe ni d'ailleurs nos centaines de dialectes. Bcp d'entre nous parlent un Arabe locale mélangé avec des gros mots français. Par exemple, une fois j'ai entendu un sous préfet parler de la sorte: "InchaAllah, aujourd'hui, Allah Kan Gal Amine Da, tu peux voyager..." J'avais entre 12 et 13 ans. J'ai vite mémorisé cette " belle " phrase. Plus tard je constate que même moi (a' l'instar de plusieurs compatriotes) je mélange tout le temps les deux langues. On se dit peut-être bilingue mais cette façon de s'exprimer est trop dangereuse. Bref ça nous manque cruellement une bonne " Culture ". L'État doit se réveiller pour trouver de solutions pour que nos enfants et petits enfants ne tombent pas dans le même piège.

Tout le monde peut aussi constater que bcp des fonctionnaires francophones se permettent de déprécier la langue Arabe. Pourtant la plupart d'entre eux ne peuvent pas parler impeccablement le Français sans faire recours a' quelques mots Arabe locale. A mon avis toutes les langues sont importantes si on a le temps et le moyen de les apprendre. La connaissance du Français, de l'Arabe voire de l'Anglais est nécessaire pour une carrière réussie en Afrique et ailleurs dans le monde. L'État tchadien doit offrir a' chaque enfant, quelque soit son origine, l'opportunité d'apprendre les 2 langues officielles.

En réalité, les avantages du bilinguisme ou du trilinguisme individuel dépassent de loin la nécessité indéniable de baragouiner le Français ou l'Arabe ou de mélanger les deux (comme chez bcp de fonctionnaires tchadiens) pour fins d'emploi ou pour se montrer intellectuels aux yeux de ceux qui ne maîtrisent pas les 2 langues. Le Français comme l'Arabe nous apporte une grande littérature, une culture et une façon de comprendre la vie. L'apprentissage de ses 2 langues a donc une valeur intrinsèque indépendante de l'aspect économique voire culturelle et nous sommes chanceux que notre situation géographique et démographique permettent a' chacun d'en bénéficier.

Ceux qui veulent limiter l'apprentissage de l'Arabe ou diminuer sa qualité au nom d'un unilinguisme dogmatique ressemblent aux membres des groupes religieux qui essaient d'abriter leurs ouailles des études en biologie ou bien a' ceux qui veulent transformer l'enseignement de l'histoire en propagande pour un peuple ou une idiologie. Soulignons le, il est toujours bon d'étudier et quand il s'agit d'un des piliers de la "Civilisation tchadienne" comme l'Arabe locale, il faut plutôt manifester notre enthousiasme que notre inquiétude (même si bcp des pays occidentaux pensent de nos jours que culture arabe est synonyme a' une culture de violence). Le Monde doit apprendre a' faire la part des choses: Les musulmans sont différents des islamistes. Tout comme les chrétiens sont différents des "Christianistes". Aucune langue ni religion ne devrait être interprétée pour un synonyme de violence.

Personnellement j'ai eu la chance de faire le cours coranique pendant 6 ans (de 1984 jusqu'a' 1990). Je regrette aujourd'hui de ne pas avoir choisi l'Arabe au Lycée franco-Arabe d'Abéché. Si je savais qu'un jour j'aurais l'opportunité d'apprendre l'Anglais aujourd'hui je choisirais l'Arabe au Lycée. Un écrivain dit: " Le regret est une perte du temps". Je ne peux que conseiller mes petits frères de ne pas négliger l'Arabe. Elle est aussi très importante.

Il est vrai qu'il est théoriquement aussi enrichissant d'étudier l'Anglais et l'Espagnole, mais notre histoire nous oblige a' privilégier le Français et l'Arabe. Ceux qui consacrent leur vie a' la préservation d'une seule culture sont condamnés a' l'Échec. Les cultures n'ont pas des contenus précis. Elles changent, elles évoluent, elles sont différentes d'un individu a' l'autre. Depuis très longtemps (bien avant la colonisation il y'a un siècle), l'Arabe fait partie de la notre. Le ministre chargé de l'Éducation doit être conscient que l'institution d'un unilinguisme systématique serait une menace a' notre liberté intellectuelle et une injustice envers nos enfants et petits enfants que nous devons instruire. Hier, au conseil de ministre, vous avez choisi de construire 2 universités francophones au Sud et au centre du pays. Pourquoi personne dans la salle ne propose une université arabe a' Biltine par exemple? Soyons juste. Si l'État reconnaît qu'au Tchad c'est le Français qui domine, alors je propose d'apporter un petit changement dans le cahier de charte. Écrivons noir sur blanc ce qui suit: " ...Au Tchad, le Français est la première langue et l'Arabe est la 2ieme langue..." Au lieu de dire: " Au Tchad le Français et l'Arabe sont deux langues officielles." Si vous êtes incapables de dire haut et fort cette distinction alors désormais il faut une considération égale a’ toutes les 2 langues.
Je vous prie d'agréer, Mr. le ministre, mes salutations distinguées.
Fraternellement,
Mahadjir.Fils
Amerique du Nord.